Le local de l'AIT au 14 rue de la Corderie, photo de 1901 (indication de la photo erronée)
Un troisième étage dans le Marais, d'où partira tout ce qui compte dans le mouvement ouvrier parisien.
C'est ici, au 14 rue de la Corderie, dans le 3e arrondissement, au troisième étage, que s'installe le bureau permanent de la Fédération parisienne de l'Association Internationale des Travailleurs, au lendemain de sa fondation en avril 1870 à la salle de la Marseillaise. L'adresse est modeste — un immeuble du quartier des Enfants-Rouges, à deux pas de la place de la République. Mais pendant les dix-huit mois qui suivent, elle devient le centre névralgique du mouvement ouvrier parisien.
Les statuts adoptés par les quelque 1 200 délégués prévoient un Conseil fédéral composé de représentants de chaque section, proportionnellement au nombre d'adhérents. C'est là que siège ce conseil. C'est là que se coordonnent les grèves, que se rédigent les manifestes, que se prennent les décisions. Eugène Varlin en est l'âme — mais il n'est pas seul. Les noms qui figurent parmi les délégués fondateurs donnent le vertige quand on sait ce qui suit : Jules Vallès, Benoît Malon, Zéphirin Camélinat, Édouard Vaillant, Eugène Pottier, Camille Langevin, Antoine Bourdon. Un état-major ouvrier qui, un an plus tard, se retrouvera presque au complet dans les organes de la Commune.
L'été 1870 accélère tout. Quand la guerre contre la Prusse se profile, c'est rue de la Corderie que la section parisienne de l'AIT rédige son manifeste contre la guerre — un texte internationaliste qui appelle les ouvriers français et allemands à refuser de s'entre-tuer pour leurs gouvernements respectifs. Après Sedan et la chute de l'Empire en septembre, c'est encore rue de la Corderie que se coordonne l'opposition ouvrière au Gouvernement de la Défense nationale. Et quand Paris se soulève le 18 mars 1871, la Fédération parisienne de l'AIT est l'une des structures qui fournissent à la Commune ses cadres, ses réseaux, et une partie de son programme social — abolition du travail de nuit des boulangers, remise des loyers, ateliers coopératifs.
La rue de la Corderie a été partiellement absorbée par les remaniements urbanistiques du quartier. Mais l'adresse reste inscrite dans l'histoire du mouvement ouvrier comme le lieu où, pour la première fois, les sections parisiennes de l'Internationale ont fonctionné comme une organisation permanente — et non plus comme un réseau clandestin harcelé par la police impériale.