Mort de Mirabeau, alors président de l'Assemblée, premier "panthéonisé"

Demeure de Gabriel Honoré Riqueti de Mirabeau (chez Julie Careau)/Plaque de Chénier

Honoré de Riquetti de Mirabeau plaque commémorative, Tangopaso, Wikimedia

Le 2 avril 1791, Mirabeau meurt au 42 rue de la Chaussée d'Antin, chez l'actrice Julie Careau. Il a quarante-deux ans. Paris entre en deuil comme pour un roi.

Gabriel Honoré Riquetti de Mirabeau avait été tout à la fois : libertin scandaleux, fils emprisonné sur lettre de cachet par son propre père, publiciste génial, tribun de l'Assemblée nationale dont la voix faisait trembler les murs. Lorsqu'en 1789 le marquis de Dreux-Brézé était venu signifier aux députés du Tiers État l'ordre royal de se disperser, c'est Mirabeau qui avait répondu : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes." La formule avait fait le tour de l'Europe.

Ce que Paris ne savait pas, c'est que depuis des mois Mirabeau vendait ses services au roi — il percevait une pension secrète de la Cour en échange de conseils politiques. Il mourait au moment où cette double vie commençait à être soupçonnée. Sa corruption ne fut révélée qu'en 1793, quand on découvrit ses papiers dans l'armoire de fer de Louis XVI.

Le jour même de sa mort, l'Assemblée crée le Panthéon — l'église Sainte-Geneviève transformée en temple républicain pour abriter les grands hommes. Mirabeau en est le premier habitant. Il y restera jusqu'en 1793, quand la découverte de ses lettres au roi le fera expulser sans cérémonie.

Sur la façade du 42 rue de la Chaussée d'Antin, une plaque porta longtemps ces vers d'André Chénier : "L'âme de Mirabeau s'exhala dans ces lieux. Hommes libres, pleurez ! tyrans, baissez les yeux !"