Cimetière Montmartre
Au 20 avenue Rachel, creusée dans le flanc de la butte, s'étend l'un des grands nécropoles parisiennes : le cimetière Montmartre, dit autrefois « cimetière du Nord ». Avant d'être un lieu de mémoire, c'est un lieu d'extraction : des carrières de gypse y ont été ouvertes dès le Moyen Âge pour fournir le plâtre qui bâtit Paris. À la Révolution, ces cavités souterraines servirent de fosses communes pour les suppliciés et les indigents de la Barrière Blanche — première vocation funèbre, anonyme et brutale.
Ouvert comme cimetière municipal au début du XIX e siècle, il devient rapidement le panthéon de la rive droite. On y croise, en quelques pas, le bourreau Charles-Henri Sanson — premier utilisateur de la guillotine, enterré ici en 1806 —, le peintre Fragonard, le physicien André-Marie Ampère, le philosophe Charles Fourier, le romancier Stendhal (dont l'épitaphe en italien témoigne de l'excentricité jusqu'au bout), Hector Berlioz, Heinrich Heine, Jacques Offenbach. La liste tourne à l'inventaire du génie français et européen du siècle.
La Commune de Paris y laisse ses traces les plus sombres : en mai 1871, lors de la Semaine sanglante, Louise Michel et les fédérés s'y battent division par division contre les Versaillais. Plus de 1 200 corps de combattants communards sont ensuite inhumés dans un charnier collectif. Un épisode moins héroïque s'y était joué en 1868 : sur la tombe du député Alphonse Baudin, Léon Gambetta prend la parole lors d'une cérémonie organisée par Charles Delescluze — les organisateurs sont aussitôt arrêtés, mais le procès qui s'ensuit dynamite le Second Empire.
Noms successifs du lieu
- XVe — XVIIIe siècle Carrières de gypse de la Barrière Blanche, exploitées pour la production de plâtre
- 1789 — fin XVIIIe siècle Fosses communes révolutionnaires dans les anciennes carrières souterraines
- Début XIXe siècle Cimetière du Nord (ouverture officielle comme cimetière municipal)
- XIXe siècle Cimetière Montmartre — dénomination courante, avenue du Cimetière du Nord puis avenue du Cimetière Montmartre
- Depuis 1850 environ Cimetière Montmartre, 20 avenue Rachel (la voie rebaptisée en l'honneur de la tragédienne Rachel)
Événements à cette adresse
254 événements · 1789 — 2026Architecte libre penseur, fils du gérant de l'immeuble de la rue de Douai où logeait Esterhazy, Édouard Autant contribue à prouver l'innocence de Dreyfus en publiant la correspondance du commandant. En 1919, il fonde avec sa femme, la comédienne Louise Lara, la compagnie Art et Action, laboratoire du théâtre d'avant-garde, qu'ils animent jusqu'en 1939. Père du cinéaste Claude Autant-Lara, il meurt à Sceaux le 9 mars 1964, à 92 ans, et il repose dans la tombe de la famille, 26e division du cimetière de Montmartre.
Fils de l'architecte Édouard Autant et de la comédienne Louise Lara, Claude Autant-Lara réalise Le Diable au corps, L'Auberge rouge et La Traversée de Paris. Élu en 1989 au Parlement européen sur la liste du Front national, il démissionne la même année après des propos antisémites. Il meurt dans une clinique d'Antibes le 5 février 2000, à 98 ans, des suites d'une longue maladie. Il repose dans la tombe de la famille Autant-Lara, 26e division du cimetière de Montmartre.
Il peignit les danseuses de l'Opéra et les blanchisseuses des faubourgs avec la même précision froide, et mourut aveugle dans un Paris en guerre qui ne le remarqua pas.
Edgar Degas meurt le 27 septembre 1917 au 6 boulevard de Clichy, dans le 18e arrondissement, où il vit depuis 1912. Il a quatre-vingt-trois ans. La France est en guerre depuis trois ans. Sa mort passe presque inaperçue.
Né en 1834 dans une famille de banquiers, il s'appelait De Gas ; il supprima la particule dans les années 1860, geste discret de rupture avec son milieu. Il fut de tous les groupes impressionnistes sans jamais accepter l'étiquette : il détestait le travail en plein air, préférait l'atelier, méprisait les théories sur la lumière. Ce qui l'intéressait était le corps humain en mouvement et le geste du travail.
Ses danseuses de l'Opéra sont ses tableaux les plus connus. On les prend souvent pour des célébrations de la grâce. Elles sont autre chose. Degas peint les répétitions, les attentes, l'épuisement, les corps tordus par l'effort, les positions grotesques des exercices d'assouplissement, les abonnés en habit noir qui rôdent dans les coulisses en attendant les jeunes filles. Ses "petits rats" ont douze ans et sortent de familles pauvres. La beauté du spectacle repose sur un travail physique impitoyable et sur une prostitution tolérée dont Degas ne détourne pas le regard.
Ses blanchisseuses, ses repasseuses, ses modistes procèdent de la même attention. Le bâillement d'une repasseuse épuisée par la vapeur et le fer, dans "Les Repasseuses" du musée d'Orsay, est l'un des rares moments de la peinture française où le travail féminin est représenté sans idéalisation.
Degas fut aussi, à partir de l'Affaire Dreyfus, un antisémite virulent qui rompit avec des amis juifs de longue date. Ses convictions politiques étaient réactionnaires. C'est un cas où l'œuvre et l'homme divergent absolument : le peintre du travail féminin fut un homme d'ordre.
Il est enterré au cimetière de Montmartre, 4e division, dans le caveau de famille où la particule "De Gas" subsiste sur la pierre.
Fils du banquier Moïse de Camondo, Nissim de Camondo s'engage en 1914, passe dans l'aviation et devient lieutenant observateur ; il est abattu en combat aérien au-dessus de Leintrey, en Lorraine, le 5 septembre 1917, à 25 ans. D'abord inhumé par les Allemands à Parroy, il est ramené par son père dans le mausolée familial, 3e division du cimetière de Montmartre. L'hôtel familial de la rue de Monceau, légué aux Arts décoratifs, devient en 1936 le musée Nissim-de-Camondo.\n\nBanquier né à Constantinople, Moïse de Camondo fait bâtir rue de Monceau, à partir de 1911, un hôtel pour sa collection d'art français du XVIIIe siècle. Après la mort au combat de son fils Nissim, en 1917, il se retire des affaires et lègue l'hôtel et ses collections aux Arts décoratifs. Il meurt à Paris en novembre 1935, à 75 ans. Il repose dans le mausolée familial, 3e division du cimetière de Montmartre, l'ancien cimetière israélite, où une plaque rappelle sa fille Béatrice, son gendre et ses petits-enfants, morts en déportation. Isaac de Camondo, collectionneur qui lègue au Louvre ses Degas, Monet, Manet et Cézanne, mort en 1911, y reposerait aussi.
Petit-fils de l'éducateur Jacob Rodrigues Pereira, Émile Pereire bâtit avec son frère Isaac la première ligne de chemin de fer de voyageurs, de Paris à Saint-Germain, en 1837, puis fonde le Crédit mobilier et la Compagnie générale transatlantique ; les deux saint-simoniens financent l'expansion du Second Empire. Il meurt à Paris le 6 janvier 1875. Il repose dans la chapelle de la famille Pereire, 3e division du cimetière de Montmartre.
Frère cadet d'Émile, Isaac Pereire partage avec lui l'aventure des chemins de fer, du Crédit mobilier et de la Compagnie générale transatlantique ; député sous le Second Empire, il publie aussi des ouvrages d'économie et de politique sociale. Il meurt en juillet 1880 au château d'Armainvilliers, à 73 ans. Il repose auprès de son frère dans la chapelle de la famille Pereire, 3e division du cimetière de Montmartre.
En mai 1871, à la fin de la Commune de Paris, un charnier fut découvert au cimetière de Montmartre, situé 20 avenue Rachel, Paris. Selon les registres du cimetière, 1 248 corps de combattants fédérés y furent inhumés, certains ayant été enterrés vivants lors de la répression dite de la "Semaine sanglante". Les cadavres, souvent entassés en masse, portaient encore leurs uniformes et képis fédérés. Ce charnier témoigne de la violence extrême exercée par les troupes versaillaises contre les insurgés, dont beaucoup furent exécutés sommairement sans jugement. Charles Delescluze, figure de la Commune, fut l’un des nombreux fédérés tués durant ces événements. Le site du cimetière de Montmartre reste un lieu de mémoire de cette répression, marquée par des inhumations collectives et anonymes.
Ouvrages et sources utilisés :
- "Le Mur de Charonne, par Maxime Vuillaume", macommunedeparis.com : https://macommunedeparis.com/2020/04/07/le-mur-de-charonne-par-maxime-vuillaume/
- "Semaine sanglante", Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_sanglante
- "La Commune au jour le jour. Lundi 29 mai 1871", CONTRETEMPS : https://www.contretemps.eu/journal-commune-29-mai-1871/
Né à Dordrecht, Ary Scheffer devient à Paris l'un des grands peintres romantiques, auteur de Francesca da Rimini, et le professeur des enfants de Louis-Philippe ; sa maison-atelier de la rue Chaptal est aujourd'hui le musée de la Vie romantique. Il meurt à Argenteuil le 15 juin 1858. Il repose dans la chapelle de la famille Scheffer, 22e division du cimetière de Montmartre, où sera aussi inhumé Ernest Renan, le mari de sa nièce.
Fille d'Ary Scheffer, élevée dans les ateliers de la rue Chaptal, Cornélia Scheffer est sculptrice et dessinatrice ; elle réalise les bustes de son père et de Goethe. Épouse en 1845 du chirurgien René Marjolin, elle veille sur la mémoire de son père, participe à l'érection de sa statue à Dordrecht et lègue au musée de la ville nombre de ses œuvres. Elle meurt à Paris le 20 décembre 1899, à 69 ans, et elle est inhumée dans la chapelle de la famille Scheffer, 22e division du cimetière de Montmartre.
Le patriote vénitien Daniele Manin, président de la république de Saint-Marc en 1848-1849 puis exilé à Paris, où le peintre était son ami, meurt le 22 septembre 1857 ; il est déposé dans le caveau de la famille Scheffer. En 1868, deux ans après le départ des Autrichiens, ses restes sont ramenés à Venise, où ils reposent près de la basilique Saint-Marc.
Née Halligner, Marie-Julie Boulanger triomphe pendant plus de dix-huit ans sur la scène lyrique, à l'Opéra-Comique, avant qu'une altération de sa voix n'assombrisse ses dernières années de théâtre. Par son fils Ernest, compositeur, elle est la grand-mère de Nadia et de Lili Boulanger. Elle meurt à Paris le 23 juillet 1850, à 64 ans ; après des obsèques à Notre-Dame-de-Lorette, elle est inhumée au cimetière de Montmartre, dans la tombe de la famille Boulanger, 33e division.
Première femme à remporter le prix de Rome de composition, en 1913, avec Faust et Hélène, Lili Boulanger écrit en quelques années des psaumes et des mélodies d'une grande intensité. Atteinte de tuberculose intestinale, elle meurt à Mézy-sur-Seine le 15 mars 1918, à 24 ans, dix jours avant Claude Debussy. Elle repose dans la tombe de la famille Boulanger, 33e division, à l'angle de l'avenue Saint-Charles et du chemin Billaud, avec ses parents et sa sœur Nadia.
Pédagogue de légende, Nadia Boulanger forme pendant soixante-dix ans des générations de musiciens, d'Aaron Copland à Astor Piazzolla, et dirige le Conservatoire américain de Fontainebleau ; l'une des premières femmes à conduire de grands orchestres, elle fait aussi jouer toute sa vie l'œuvre de sa sœur Lili. Elle meurt à Paris le 22 octobre 1979, à 92 ans ; ses obsèques ont lieu à la Trinité le 26 octobre. Elle repose avec sa famille dans la 33e division, à l'angle de l'avenue Saint-Charles et du chemin Billaud.
Fils d'un conventionnel, Godefroy Cavaignac se bat sur les barricades de 1830, puis dirige la Société des droits de l'homme, principale opposition républicaine à la monarchie de Juillet ; arrêté après les insurrections d'avril 1834, il s'évade de Sainte-Pélagie. Il meurt d'une pleurésie le 5 mai 1845. Ses amis républicains lui font de grandes funérailles au cimetière de Montmartre, 31e division, où un gisant de bronze de François Rude et d'Ernest Christophe, achevé en 1847, couvre sa tombe. Son frère, le général Eugène Cavaignac, chef du pouvoir exécutif en 1848, mort en 1857, repose dans le même caveau familial. Le caveau garde aussi le fils d’Eugène, Godefroy Cavaignac, ministre de la Guerre qui brandit le « faux Henry » en 1898, mort en 1905, et porte « à la mémoire de » leur père, le conventionnel Jean-Baptiste Cavaignac, mort en exil à Bruxelles en 1829.
Avec Buonarroti s'éteint le dernier homme qui ait connu Babeuf et transmis à Marx la flamme de la première insurrection communiste.
Philippe Buonarroti est né à Pise le 11 novembre 1761, descendant collatéral de Michel-Ange. La noblesse toscane lui ouvre toutes les portes, mais c'est vers la Révolution française qu'il se retourne. Naturalisé français, militant jacobin, il suit les armées républicaines en Corse et côtoie le jeune Bonaparte. En 1795, arrêté à Menton comme "robespierriste", il est transféré à Paris et incarcéré à la prison du Plessis, où il rencontre François-Noël Babeuf.
De cette rencontre naît une complicité décisive. Buonarroti rejoint la Conjuration des Égaux de 1796 : ce complot, unique dans l'histoire révolutionnaire, pose pour la première fois l'exigence d'une égalité non seulement de droits mais de conditions, c'est-à-dire la mise en commun de la propriété et des subsistances. Babeuf est arrêté en mai 1796, condamné et guillotiné à Vendôme le 27 mai 1797. Buonarroti est déporté.
Il survit, émigre, traverse Genève et Bruxelles, et tisse pendant trente ans un réseau discret de sociétés secrètes et de propagande révolutionnaire. Son nom circule parmi les carbonari d'Italie et les républicains de Paris. En 1828, depuis Bruxelles, il publie la "Conspiration pour l'Égalité dite de Babeuf" : récit détaillé du complot, mais aussi programme et doctrine, la première exposition cohérente de ce que le XIXe siècle appellera communisme. Le livre est immédiatement traduit et diffusé dans toute l'Europe radicale. Engels écrira que la Conjuration des Égaux fut "la première manifestation d'un parti communiste réellement actif."
Buonarroti rentre à Paris en 1830, sous la Monarchie de Juillet. Il a soixante-neuf ans. Il reprend ses activités militantes, rencontre les jeunes révolutionnaires de la génération suivante, fréquente les cercles blanquistes et républicains. Il meurt à Paris le 16 septembre 1837 et est inhumé au cimetière Montmartre.
Sa tombe est celle d'un passeur : entre la Révolution française et le socialisme du XIXe siècle, entre Babeuf et Marx, entre l'égalité de droit proclamée en 1789 et l'égalité matérielle que les travailleurs réclameront en 1848 et en 1871. Sans Buonarroti, la mémoire de Babeuf eût peut-être sombré dans les archives. C'est lui qui fit du tribun guillotiné à Vendôme le premier ancêtre reconnu du communisme moderne.
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Toponymie — avenue Rachel
Aujourd'hui
Le cimetière Montmartre est toujours en activité au 20 avenue Rachel (18e arr.). Ses 37 divisions accueillent toujours des inhumations tout en restant ouvertes à la visite. Un pont enjambe le site — l'avenue Rachel passe littéralement au-dessus des tombes. Des plans sont disponibles à l'entrée pour retrouver les sépultures des personnages célèbres.